In L’Étau des Ténèbres, Romans

Faune et flore du Monde Éclairé : normalité ?

Vous, lecteurs, le savez déjà. Vous, visiteurs, l’ignorez peut-être. Le Monde Éclairé n’a rien d’exotique ni de fantastique. Du moins, le décor mis en place pour les différents protagonistes, ne présente, somme toute, rien de particulier. Les apparences peuvent être trompeuses mais le récit de l’Étau des Ténèbres évoque une faune et une flore européenne. La présence de créatures non humaines comme les Atarks ou les Ovarks, la magie, les Théologistes, l’Usu, le Dieu Solaire et les Confins sont, a priori, les seuls éléments hors du commun. Malgré l’amnésie collective des Humains lors de l’Hiver Noir, cet état de fait ne les a jamais choqué. Si le Dieu Solaire revêt pour eux un caractère extraordinaire, l’existence de la magie, des Atarks ou des Ovarks, pour surprenantes qu’elles soient, fait partie de la normalité.

De fait, les moutons, les cochons, les sangliers, les chevaux, les bœufs, les loups et tant d’autres animaux sauvages ou d’élevage qui ne sont qu’évoqués sans être montrés dans l’histoire font également partie de la normalité. Les fermiers cultivent des blés, des orges, des maïs, des seigles et même du riz : rien qui ne sorte de l’ordinaire. Les forêts sont de mélèzes, de chênes, de châtaigniers, de pins, de bouleaux, de saules et tant d’autres, quoi de plus normal ?

Là où je veux en venir est que d’avoir créé un autre monde ne m’a pas contraint à tout inventer. Quand bien même on pourrait reprocher à ma fantasy de ne pas être assez fantastique, de manquer de dragons ou de monstres et de ne pas dépayser assez le lecteur, je serai toujours tenté de demander : mais pourquoi faire ? Je ne dénie pas un certain intérêt pour la création débridée. Se plonger dans un monde résolument différent et étranger n’est pas pour me déplaire, bien au contraire. Je trouve simplement que ce n’est pas une fin en soi, juste un plaisir coupable.

Mon point de vue sur la question est assez ferme. Inventer des mots, des cultures, des langages, des créatures étranges, des races alambiquées, des plantes ou des animaux improbables et des phénomènes magiques hallucinants n’est pas le gage d’une bonne histoire. Non seulement, autant de nouveauté fournissent plus de travail au lecteur qui doit mémoriser autant de ces concepts pour comprendre l’histoire, mais le plus souvent, tout ce travail créatif est gratuit et ne sert pas le propos. A l’inverse, je n’en suis pas non plus à dire que peu importe le décor, l’histoire reste bonne. Ce n’est pas vrai non plus.

Selon moi, décor et histoire vont de paire. Ils sont indissociables et indispensables l’un à l’autre. Le décor n’a d’intérêt que pour l’histoire qui s’y déroule, mais sans lui, sans ce contexte socio-culturel, géographique et historique, le récit n’a aucune assise. Une histoire ne peut reposer sur les seuls caractères et intentions de ses protagonistes attendu qu’ils puisent leurs motivations dans ce qui les entoure et ce qu’ils ont vécu.

Dans l’Étau des Ténèbres, le choix d’une végétation et d’un règne animal très communs ne présente pas un impact significatif sur les personnages et les habitants du Monde Éclairé en général. Pourtant, c’est un choix parfaitement sensé et cohérent, non pas au sens du récit, mais au sens de l’usage. Le Monde Éclairé est fondamentalement « normal ». Le lecteur n’a pas beaucoup d’effort à faire pour l’imaginer et en comprendre les rouages. L’importance de cette définition ne se trouve pas dans cet état de fait, mais dans la comparaison avec le reste des éléments du décor. Ok, le monde est « normal » mais un « Dieu Solaire » fixe posé sur le sommet d’une bâtisse d’une ville de montagne l’éclaire. Ok, le monde est « normal » mais il est cerné par d’insondables et froides ténèbres. Ok le monde est « normal » mais des êtres non Humains y vivent et tentent même, pour certains, de le détruire. L’impact de ces quelques faits serait-il aussi puissant si le monde en lui-même ne présentait pas autant de signes de « normalité » convenue ?

La force de la bizarrerie et de l’étrangeté est puisée dans le rapport à la normalité. Ce qui fait du Monde Éclairé un monde extraordinaire plein de fantasy est son incapacité à être pleinement considéré comme normal alors que tant de détails et de faits le décrivent comme tel. Ainsi donc, même s’il semblait idiot d’évoquer la normalité de la faune et de la flore de cet univers, j’espère que vous constatez par vous-même à quel point il s’agit d’une décision pesée.

Mon désir d’exotisme et de laisser libre court à mon imagination ne trouvera probablement pas son exutoire dans l’Étau des Ténèbres. En revanche, il n’est pas exclu que je m’y laisse entraîné… Mais jamais sans nécessité ! Ça tombe bien, car mes prochaines œuvres y ont trouvé cette nécessité.

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