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Les Manuscrits de la Mémoire Morte : la cerise et le biscuit du gâteau

C’est souvent après des mois voire des années de travail que l’on se rend compte qu’on a fait les choses à l’envers, que les fondations sont parfois fragiles parce qu’on a jamais vraiment réfléchi à la conception de celles-ci. Les Manuscrits de la Mémoire Morte a échappé à cet écueil et l’a subi dans le même temps. Pendant longtemps, ce projet, de par la conception indépendante de ce son système et de son univers, a paru manquer de cette formule unique et fondatrice qui fait le liant de l’ensemble. Pourtant, elle a toujours été là.

Les premières versions du système de jeu dont SMS est l’héritier ont toujours inclus une notion fondamentale basée sur un trio d’entités qui, jusqu’à une période récente, s’appelaient les Voies ou les Formations de base. Ce triptyque de référence n’était pas anodin puisqu’il était construit sur les trois sources de pouvoir qui alimentent les capacités magiques (voir Croyances et foi en Alméra et La magie en Alméra). Je me suis toujours gardé d’afficher ostensiblement la quatrième source de pouvoir puisqu’elle n’appelait pas à être une « Voie« .

Avec le temps, il est apparu que ces concepts fondateurs étaient non seulement associés à des sources de pouvoir, mais aussi à un mode de développement du personnage, à des attributs, à des talents et à une philosophie de vie. Il est également apparu que tout cela était solidement ancré dans la manière de jouer, en sous-texte. Si les Voies sont devenues, dans une précédente version du système, la structure de base de la création d’un personnage, elles ont disparu lors de la conception du SMS. Mais au moment de relier le système générique que j’ai voulu créer et le monde de jeu riche et complexe que j’ai développé, il était naturel que les éléments fondateurs et inspirants d’iceux refassent surface.

Ainsi, même si ces concepts semblent n’être qu’une cerise sur le gâteau, il convient de préciser qu’il s’agit aussi du biscuit d’icelui, sa base fondatrice. Depuis que je fais jouer à SMS et sur Alméra, je cherchais une manière de réintégrer de façon plus ostensible ce qui en est le cœur, à la fois dans le système et dans le monde de jeu. A l’occasion du baptême des Manuscrits de la Mémoire Morte, j’ai non seulement pu mettre un nouveau nom sur ces entités, mais également pu les formaliser de façon plus claire tant dans le système que dans le monde d’Alméra. Par la même occasion, j’en ai profité pour intégrer cette quatrième « voie » cachée qui, sans faire défaut aux premières versions du jeu, n’en est pas moins indispensable dans l’équilibre de mon univers de jeu : l’Omnivers de Loreval.

Aujourd’hui je parlerai donc de Quintessence et de Substrats. Explicitons un peu : l’Omnivers de Loreval et a fortiori le monde d’Alméra sont bâtis sur 4 courants abstraits. En termes de jeu, chacun de ces courants est un Substrat. Tout être porte en lui la capacité d’enrichir, d’alimenter et de se nourrir de chacun des Substrats. Ces interactions renforcent ou affaiblissent les courants concernés si bien que des régions entières de l’Omnivers peuvent se retrouver sous l’influence d’un Substrat ou le renforcer. Celui-ci est appelé Substrat « Dominant ». Il en va de même pour les individus. En fait, à toutes les échelles, l’on peut considérer qu’un Substrat domine. L’ensemble des Substrats d’un être ou d’une chose se regroupe sous l’appellation de Quintessence. Déterminer le Substrat dominant et la force de l’influence ou la résultante de chaque Substrat d’une entité revient à en établir la cartographie.

Le vocabulaire étant posé, détaillons un peu de quoi il est question, tout ceci devant paraître des plus abstraits (et ça l’est) :

La Quintessence de l’être (ce qui est aussi valable pour parler de la Quintessence des choses ou des entités) est une construction intellectuelle de la capacité d’interaction de cet être avec l’univers et vice-versa. Dans le monde d’Alméra, bien peu considèrent les choses sous cet angle, mais au-delà des diverses interprétations cosmogoniques, mythiques, culturelles, philosophiques ou sociales, il existe une réalité et une vérité fondamentales derrière cette description. Que l’individu en ait ou non conscience, sa Quintessence est un élément factuel de lui-même, une position philosophique qu’il occupe et qui n’est pas neutre. Comme si l’on cherchait à mesurer la place de l’âme d’un être vivant pour la situer sur un tableau ou dans un espace, la Quintessence représente à la fois l’influence qu’il a sur ce qui l’entoure et celle qu’il subit de ce qui l’entoure. Cette influence est métaphysique et ses conséquences ne sont pas perceptibles de façon concrète, mais elle est indéniable et même inévitable.

Les Substrats sont des directions, des voies générales qui sous-tendent la Quintessence. Au nombre de quatre, elles sont exclusives et absolues. Les 4 Substrats couvrent toutes les caractéristiques possibles de la Quintessence et aucune entité, aucun être, aucune chose dans l’Omnivers ne peut se soustraire à toutes ces orientations en même temps. Toute action, toute décision, toute pensée, tout fait dans l’univers imprègne et est imprégné obligatoirement par un Substrat en particulier. L’intellectualisation des Substrats permet de les faire correspondre à une vision de l’univers, une philosophie, une déité cosmique, une forme d’énergie ou de pouvoir, même s’il ne s’agit là que d’approches rudimentaires. Voici plus en détail ce que sont les Substrats :

  • L’Harmonie : le Substrat de l’Harmonie induit la notion que l’amélioration de soi ne repose qu’en soi, que tout être, toute chose, est conçu avec le potentiel d’atteindre sa plénitude et que seule l’harmonisation de tous les éléments de l’être permet de réaliser cet accomplissement. L’Harmonie se veut opposée par essence au Subtrat du Nihilisme et se défie, sans en nier l’existence, de toute forces et entités extérieures évoquées par la Conviction et le Contrôle. Les usages du Pouvoir des Esprits conduisent assez souvent à considérer de façon consciente ce Substrat. Indépendamment de la forme de magie, le peuple des Elfins est particulièrement inspiré par l’Harmonie. Les Gnolls s’imprègnent également de ce Substrat.
  • La Conviction : le Substrat de la Conviction met en avant le fait que des forces incommensurables imbriquées et interactives gouvernent l’univers et qu’en se laissant porter par ces forces, en ne faisant qu’un avec elles, il est possible de comprendre, d’avoir une place et même de jouer un rôle concret dans l’Omnivers. Cette philosophie ne peut s’exercer sans reconnaître la soumission qu’elle requiert pour, effectivement, rejoindre le courant et non pas lutter contre lui. La Conviction s’oppose directement au Contrôle. Les usages du Pouvoir de la Foi sont particulièrement compatible avec la Conviction. Le peuple qui lui est le plus attaché est celui des Dudins.
  • Le Contrôle : le Substrat du Contrôle suppose qu’on ne peut, à l’instar de l’Harmonie, compter que sur soi pour atteindre la plénitude de l’être et que cela ne repose pas exclusivement sur soi mais sur le contrôle que l’on est capable d’exercer sur les forces qui nous gouvernent. Il est important de prendre l’ascendant sur ce qui nous domine pour atteindre ses objectifs. Prendre son destin en main, ne pas le laisser reposer sur des forces sauvages et aléatoires, telle est la philosophie de ce Substrat. Le Contrôle s’oppose en cela à la Conviction. Les usages du Pouvoir des Arcanes se reconnaissent bien dans la philosophie du Contrôle. La race des Humains est globalement inspirée par ce Substrat même si les différentes cultures aodissiennes peuvent avoir une perception ou une affiliation très différente.
  • Le Nihilisme : le Substrat du Nihilisme est assez peu compris et connu des Almérains. Il est d’autres régions de l’Omnivers qui s’en abreuvent davantage toutefois. Le Nihilisme repose sur l’idée que l’absolu est la seule chose réellement souhaitable et que l’absolu n’est accessible qu’à ceux qui se détachent de tout ce qui existe. Le Nihilisme ne conduit pas nécessaire au suicide ou à l’anéantissement de tout, mais même dans son sens le plus modéré, il diminue considérablement l’importance de la vie et des constructions intellectuelles, politiques, sociales ou matérielles. Le Nihilisme s’oppose à tous les autres Substrats dont il est la négation absolue. Contrairement à ce qu’on pourrait penser la mort n’est pas l’essence du Nihilisme, c’est la volonté de détruire et de tuer qui s’en imprègne.

L’influence d’un Substrat n’implique pas une action ou un comportement. C’est un résultat mesurable de tout ce qu’a accompli le personnage dans sa vie allant dans le sens de ce Substrat. En retour, le fait d’avoir imprégné un Substrat de ses efforts (conscients ou inconscients) renvoie vers la personne une énergie dont elle peut se servir pour continuer à s’accomplir. Cette construction donnant-donnant est indépendante des choix et orientations futurs de cette personne. En terme de jeu, la Quintessence n’est pas un précurseur mais une résultante. Le personnage est créé d’abord puis sa Quintessence calculée. On établit à ce moment ce qu’on appelle la cartographie de la Quintessence, autrement dit, la mesure de l’influence de chacun des 4 Substrats. En sera déduit le Substrat Dominant et c’est ce point qui influencera ensuite le système de résolution.

Il est important de comprendre que chaque action menée dans la vie du personnage est obligatoirement liée à un et un seul des quatre Substrats (et pas forcément le même, tout dépend de l’action et aussi de l’esprit de la dite action). Lorsque l’on utilisera le SMS pour résoudre une situation, si le Substrat de l’action menée correspond au Substrat Dominant du personnage, alors ce dernier disposera d’un bonus. De la même manière tout événement se produisant dans l’Omnivers est l’expression d’un unique Substrat qui appelle ou s’appuie sur les Substrats Dominants correspondant des personnages. De fait, la narration du meneur de jeu va également s’orienter en ce sens. Le hasard a ainsi moins de prise sur ce qui peut survenir dans l’histoire d’un personnage qui sera plus naturellement touché par les événements qui concernent son Substrat Dominant.

Le cours du jeu peut amener le joueur du personnage à faire évoluer les influences de ses Substrats et donc à changer la cartographie de sa Quintessence en désignant un nouveau Dominant. Il n’y a aucune obligation de faire correspondre le Substrat Dominant avec un roleplay en particulier, attendu que ce dont le personnage est imprégné est bien au-delà de la conscience. De ce fait, distribuer les influences des Substrats est un pur élément de gameplay à la base. Cela n’empêche toutefois pas les joueurs de décider que le personnage doit illustrer de façon cohérente le Substrat Dominant. Il reste que cette interprétation est libre et que les Substrats ne portent en eux aucune notion de moralité.

A l’occasion j’illustrerai de façon plus concrète la notion de Quintessence et de Substrats. Celles-ci apparaîtront comme le cœur de la feuille de personnage des Manuscrits de la Mémoire Morte puisque, bien que résultantes de la mécanique de création, elles demeurent centrales et fondatrices dans l’usage et l’évolution du personnage.

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