In Autre, Jeux de Rôle

J’adopte la X-Card

Je surfe rarement sur l’actualité, mais pour une fois qu’un sujet me parle et me pousse non seulement à la réflexion mais aussi à prendre une décision rapide, j’en profite. Je ne suis pas seulement auteur de roman, mais aussi auteur de jeux de rôle et joueur de jeux de rôle. C’est plutôt en raison de cette dernière occupation que j’écris cet article même si, dans le fond, c’est loin de ne concerner que le jeu de rôle.

La X-Card, c’est quoi ? Simple. Du format d’une carte à jouer, on la pose en évidence, toujours visible, sur la table de jeu et si l’un.e quelconque des joueur.se.s, MJ inclus.e, ressent un certain malaise lors de la partie, il.elle la pointe ostensiblement du doigt, s’en saisit ou la brandit, bref, indique par le truchement de cette carte que ça ne va pas et le jeu cesse (doit cesser) immédiatement. Il ne s’agit pas ici de réagir à un malaise physique (quoique) mais à un malaise psychologique, un malaise lié à ce qui se raconte, à ce qui se joue ou à ce qui se passe à la table; un malaise provoqué par la réminiscence violente d’un traumatisme, une phobie ou par une agression involontaire (ou volontaire, mais là ça dépasse le cadre même du jeu) d’un.e autre joueur.se. Ce geste permet à n’importe qui de signifier « stop, ça ne plaît pas du tout ce qu’on fait« . Sur le principe, on ne demande aucune explication à la personne, sauf peut-être de mettre le doigt sur le fait déclencheur de son état afin d’éviter de réitérer le problème. La X-Card ne met pas fin à la partie, mais la met en pause pour régler prioritairement la question du malaise.

Pour beaucoup, cette notion de malaise psychologique à une table de jeu est un mythe ou une bêtise. Beaucoup ne conçoivent pas que l’on puisse être blessé par du contenu « ludique » et « imaginaire« . Mais le cerveau et les émotions sont ainsi faites, personne ne peut être absolument sûr de ce qui peut se passer dans la tête des gens et c’est d’autant plus vrai avec des gens que l’on ne connaît pas. Il est très facile de réveiller, même sans le vouloir, les souvenirs douloureux d’un passé tragique, des blessures morales dont on ne guérit jamais pleinement. Bien sûr, on pense souvent aux agressions, aux viols, mais ce ne sont pas les seuls traumatismes.

Je ne suis pas qualifié pour entrer dans les détails de ce qui pourrait amener une personne dans un état de stress émotionnel intense. Tout ce qui m’intéresse est d’avoir un moyen de prendre les devants pour éviter d’accentuer cet état et faire en sorte que cette personne se sente au mieux. Le but d’une partie de jeu de rôle étant de se détendre et de s’amuser, détruire ce faisant la psyché de ses camarades de jeu sans s’en rendre compte serait du plus mauvais effet.

Me disant que je jouais le plus souvent avec des joueur.se.s que je connais de longue date, la question d’adopter la X-Card ne se posait pas vraiment. Je ne dis pas que je peux librement me lancer dans toute sorte de lubies rôlistiques avec eux.elles, mais que je leur fais confiance pour me dire que quelque chose ne va pas sans aucun besoin d’une X-Card pour me le notifier. Cependant mon avenir en tant qu’auteur de jeu de rôle va me confronter de plus en plus souvent à des inconnu.e.s, sur des conventions ou des salons (des milieux où je joue très peu jusqu’à présent) et je ne peux pas me permettre la même attitude auprès d’eux.elles.

Je suis d’autant plus convaincu par cette nécessité que je n’ai que peu de limites en matière de jeu. Mon imaginaire foisonne de choses parfois peu recommandables. Je n’en couche pas tant sur le papier ou n’en étale pas tant dans mes parties, mais je ne peux que rarement savoir quand je choque si je ne suis pas choqué moi-même. La X-Card n’est pas une contrainte dans un tel contexte, mais un outil plus que bienvenu. De toute façon, poser une carte sur la table, en expliquer le rôle et l’oublier sera sans doute (en tout cas je l’espère) son usage le plus fréquent. Du reste, si ça peut faire prendre à conscience à des joueur.se.s qui n’ont pas le plus petit début d’idée que ce genre de problème existe, c’est toujours ça de pris.

A partir de maintenant la X-Card sera sur mes tables de jeu.

Et si vous voulez savoir ce que mes amis en pensent, c’est par ici :

 

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4 Responses to J’adopte la X-Card

  1. Peut-être l’article est intéressant mais vraiment l’écriture inclusive est trop perturbante .. Tant pis.

    • Lendraste dit :

      Je me doutais que pour la première fois où j’emploie véritablement l’écriture inclusive, ça ne serait pas du goût de tout le monde. Tant pis, comme vous dites. D’autant que dans ma façon d’écrire, il y a assez peu de propos vraiment concernés par cette écriture. J’aurai même probablement pu tourner mes phrases de telle sorte à les éviter complètement. Mais pour aborder un sujet de société je trouvais que ça avait du sens outre le fait d’appuyer mon propre désir de contredire les réactions de la presse 🙂

  2. Ca a certainement du sens mais vraiment cela rend ma lecture indigeste. Je bute sur chaque « inclusion » (oui j’invente) et je perds le fil. Si la concentration sur la forme est un frein à la comprehension du fond cela devient un problème, non ?

    • Lendraste dit :

      Dans le fond je suis d’accord avec toi, mais si je fais l’effort de ne pas m’arrêter à ce problème c’est parce que l’intérêt de l’écriture inclusive n’est pas d’introduire un neutre dans la langue mais d’attirer l’attention sur le fait qu’il y en ait besoin. Si je m’y essaye ce n’est pas tant parce que je pense que c’est utile et/ou pratique, mais parce que je pense que nous en avons besoin. C’est un message et comme tout message, ce n’est pas la façon dont il est véhiculé qui compte, mais son contenu. Libre à chacun d’y voir un frein à la compréhension et une barrière à la lecture, mais à mon sens, ceux qui ne fond pas l’effort de dépasser ça n’ont pas compris à quoi ça servait et pourquoi nous en sommes là. Sur un plan purement linguistique, voire même culturel, je ne pense pas que ce soit la meilleure solution, mais nous n’en avons pas 36 autres de toute façon.

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